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Mercredi 23 Novembre 2011

Edito

La politique sociale sacrifiée sur l’autel du AAA

La question du PEAD a fait l’effet d’un révélateur. L’Europe sociale n’a pas de beaux jours devant elle, c’est le moins qu’on puisse dire. Sous couvert de subsidiarité, de répartition de compétences, on enterre la seule politique qui pourrait donner un sens au projet européen et raccrocher le citoyen d’une union qui lui est de plus en plus étrangère.

Par Rémi Praud


La politique sociale sacrifiée sur l’autel du AAA
Retour sur l’affaire PEAD, acronyme du Programme Européen d’Aide aux plus Démunis. Obtenu en 1987, par un Coluche déboulant au Parlement européen, créé par le président socialiste de la Commission européenne de l’époque Jacques Delors, autour d’une idée simple mais efficace : s’emparer des stocks issus des surplus de la Politique Agricole Commune (PAC), et les redistribuer aux plus démunis, via les banques alimentaires.
 
Ces surplus disparaissant au rythme des réformes  de la PAC, la Commission européenne a remplacé cette aide en nature par une aide financière, qui en 2011 avoisinait les 500 millions d’euros, et bénéficiait  à plus de 13 millions de personnes.
 
IMPERATIF JURIDIQUE VS IMPERATIF MORAL
 
Six pays européens, avec à leur tête l’Allemagne, ont dénoncé cette pratique, qui n’avait plus de « base juridique », en d’autre termes qui allait au-delà du mandat que lui accordait le droit. Faisant fi du message politique désastreux, c’est la Cour de Justice de l’UE qui fut saisie afin de trancher ce litige. En politique, pour certains, l'impératif juridique prime sur l'impératif moral.
 
Très logiquement, la Cour a remis en cause la pratique de la Commission européenne de « subventionner » les banques alimentaires. Des semaines d’indignations, de négociations, de critiques, de palabres, de pressions ont aboutit, comme souvent, le 14 novembre dernier, à un compromis insuffisant : une poursuite du PEAD jusqu’à fin 2013, le temps de trouver une solution alternative, qui selon l’Allemagne devrait passer par les Etats membres.
 
ORAISON FUNEBRE
 
En effet c’est là où l’affaire prend une nouvelle tournure. L’Allemagne exige en contrepartie de cet accord que le PEAD soit supprimé au 1er janvier 2014, et que la gestion de l’aide aux plus démunis soit dévolue aux Etats membres. Et le clou du spectacle nous vient de la ministre allemande de l’Agriculture, Ilse Aigner, et de sa déclaration : "Il faut que ce soit très clair : à partir du 1er janvier 2014, il n’y aura pas de politique sociale à l’échelle européenne".
 
Au-delà du message politique désastreux, de la suppression de l’une des rares actions sociales concrètes de l’Union européenne, c’est une orientation politique déplorable qu’entend donner l’Allemagne toute puissante à l’Europe, démontrant ainsi que la politique sociale communautaire est un gadget dont nous pourrions nous passer.
 
En ces temps de crise, de contestations sociales, de remise en cause du projet européen, nos dirigeants seraient bien inspirés de cesser d’ériger en religion communautaire l’objectif du AAA et de sacrifier sur cet autel les derniers soupçons d’Europe sociale.



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