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La stratégie Europe 2020 : un rendez-vous déjà manqué?



La stratégie Europe 2020 : un rendez-vous déjà manqué?
Manque d’ambition, absence d’une forte orientation sociale, aucune remise en cause de la méthode de gouvernance…Au lendemain de la présentation faite par J.M. Barroso de la stratégie Europe 2020, les critiques s’élèvent déjà contre le texte publié par la Commission. Il y a, en effet, de quoi, être déçu par cette stratégie censée guider l’Union européenne pour les 10 prochaines années. La proposition faite par la Commission européenne manque de saveur. En s’inscrivant dans la continuité de la stratégie de Lisbonne, elle rate l’occasion de renouveler en profondeur la gouvernance européenne.

La déception est d’autant plus grande que le contexte semblait favorable à une telle révolution. L’échec, unanimement reconnu, de la stratégie de Lisbonne, qui devait faire de l’Union européenne l’économie de la connaissance la plus compétitive du monde à l’horizon 2010, aurait pu conduire à une remise en cause conséquente de la méthode. Mais surtout la crise que nous connaissons aujourd’hui aurait dû servir d’électro choc ! Confrontés à une crise d’abord financière puis économique d’une ampleur considérable, les européens avaient là une formidable opportunité, sinon de réformer le système, au moins de proposer une vision qui prenne en compte les leçons de la crise. Finalement, la Commission, forte de sa récente investiture, aurait pu avoir à cœur de montrer qu’elle allait agir de manière volontariste pour répondre aux attentes des citoyens, pessimistes sur leur avenir.

Trois raisons qui pouvaient donc laisser penser que cette nouvelle stratégie serait réellement audacieuse et ambitieuse. Cependant, force est de constater que si ces deux derniers qualificatifs sont écrits dans l’introduction du texte, le contenu est loin d’être à la hauteur des espérances.

La stratégie repose sur trois priorités : il s’agit de développer une croissance intelligente, durable et inclusive. Jusque là rien de très révolutionnaire mais c’est assez normal dans le sens où les défis auxquels l’Union européenne fait face ne changent pas : il s’agit de la mondialisation, du vieillissement de la population ou encore du changement climatique…

Par « intelligente » la Commission entend une croissance reposant sur la connaissance et l’innovation. Investir 3% du PIB dans la R&D est l’objectif central. Mais le problème c’est que c’était déjà le cas il y a 10 ans !

Par « durable » l’exécutif européen comprend une croissance économe en ressources mais compétitive. Les objectifs liés à la lutte contre le changement climatique sont ceux du Paquet énergie-climat adopté par l’Union en décembre 2008. Là non plus rien de nouveau donc !

Finalement la seule nouveauté réside dans l’idée d’une croissance inclusive, c’est-à-dire qui assure un haut taux d’emploi (75% des 20-64 ans) et la cohésion sociale et territoriale. L’accent est mis sur les jeunes et sur la nécessité de leur assurer une formation qualifiante mais également sur la lutte contre la pauvreté. Pour la première fois, l’UE se fixe un objectif en matière de réduction de la pauvreté (faire sortir 20 millions de personnes de la pauvreté).

On peut toutefois regretter que cette dernière priorité (la croissance inclusive) ne soit qu’une priorité parmi les autres. En effet, si M. Barroso avait vraiment compris la crise comme un signal d’alarme, comme il le mentionne dans son texte, il aurait peut être placé la cohésion, la solidarité et par là même l’humain, au centre de la stratégie. En effet, la crise que nous subissons actuellement est tellement profonde qu’elle aurait dû entrainer, sinon une totale remise en cause, au moins un questionnement sur la façon dont nous avons gouverné l’Union européenne depuis 30 ans.

La Commission a manqué le rendez-vous en ce qu’elle avait là une occasion unique de montrer que l’Union répond aux attentes des citoyens. En affirmant que l’économie devait désormais être au service de l’homme et non plus l’inverse, la stratégie aurait alors vraiment été audacieuse.

Le but d’une telle stratégie était évidemment de fixer des orientations, mais c’était surtout le moyen de renforcer la visibilité et la cohérence de l’Union aux yeux des citoyens. Redonner du sens au projet européen, voilà qui aurait pu être une belle ambition !

Anne-Sophie Michel



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